mercredi 17 décembre 2014

Intérieur aux aubergines, Henri Matisse (1911)

Intérieur aux aubergines, Henri Matisse (1911)

Ce tableau est le joyau de la collection du musée de Grenoble pour le XXe siècle. Il a été offert par la famille de l’artiste en 1922. Peint en 1911, il représente l’atelier que Matisse occupait alors à Collioure. L’espace est saturé de motifs décoratifs : des fleurs à cinq pétales couvrent le sol et le mur, des arabesques se déploient sur le paravent et la nappe. Des objets sont représentés sans volume en raison de l’absence d’effets lumineux. Ce sont les couleurs qui, par leurs contrastes, engendrent la lumière, répartie de façon égale dans tout l’espace.
Matisse a utilisé la détrempe à la colle. Son aspect mat et sans épaisseur ôte toute matérialité aux éléments représentés. La fenêtre qui ouvre sur un paysage sans profondeur fait penser à un tableau placé au mur. Sur la table, l’assiette de poires, la petite sculpture et le vase apparaissent dans une position stable, tandis que les aubergines semblent glisser vers le sol.
Le miroir sur la gauche reflète des objets transformés, simplifiés, réduits à l’état de signes plastiques. Certains ont même disparu !
Tous ces facteurs contribuent à faire de cet intérieur une surface plane, comparable à un tapis. Seule la cheminée offre une ébauche de profondeur, mais, placée contre le bord gauche du tableau, elle n’est pas montrée en entier. Des objets ont été habilement fondus dans ce décor : ils rappellent que Matisse était peintre-sculpteur et qu’il pratiquait également le dessin. Des cadres vides en attente de leur tableau sont ainsi accrochés au-dessus de la cheminée ; une petite sculpture dont le modèle a été exécuté par Matisse lui-même, repose sur la table, tandis qu’un carton à dessins vert patiente sagement contre le miroir.

 
 
 
Intérieur aux aubergines, Henri Matisse (1911)