mercredi 4 septembre 2013

Les Grandes Jorasses

 

Les Grandes Jorasses, dont le point culminant est situé à 4.208 mètres (Pointe Walker),  font partie de ces sommets mythiques des Alpes qui offrent aux plus grand nombre de spectateurs un panorama extraordinaire. Depuis Montenvers, gare terminale du train à crémaillère qui vous emmène  à 1.913 mètres d’altitude au-dessus de la Mer de Glace, le spectacle est saisissant et unique. (Les Grandes Jorasses sont situées au 3e et dernier plan de la photo).

Les Grandes Jorasses ont été il y a quarante ans, le théâtre d’un fait divers tragique. A cette époque, les Alpes avaient des airs de Far-West où les alpinistes, de mèche avec les journalistes, faisaient parler la poudre. Les grands sommets ont été conquis, et c’est à qui escaladera le premier les faces nord et, summum de la surenchère, en hiver, avec la Une de Paris-Match à la clé.

A ce jeu, René Desmaison (*), grand alpiniste et écrivain est le plus fort. Il projette la plus difficile ascension jamais réalisée dans les Alpes, sur cette scène verticale des Jorasses. Mais dans cette face de 1.200 mètres, il lui faut un compagnon de cordée. Ce sera Serge Gousseault, un jeune alpiniste de 23 ans. Fort grimpeur mais novice en hivernale, les deux hommes s’élancent sans bien se connaître.

D’abord leur objectif est l’éperon Croz (3e Pointe à 4.110 m). Cette hivernale de trois jours doit constituer leur galop d’essai. Las, au pied de la paroi, les deux hommes s’aperçoivent qu’ils ont été devancés dans cette première. Desmaison et Gousseault redescendent, chargent leurs sacs d’une semaine de vivres. Et le 11 février 1971, ils repartent pour les Grandes Jorasses. Ce sera d’emblée la directissime de l’éperon Walker. Totalement vierge.

Dans la paroi, peu à peu, les clignotants virent au rouge. Les cordes sont coupées par des chutes de pierre, la radio tombe en panne et Gousseault faiblit sur ce granit recouvert de neige et de glace. Des gelures apparaissent sur ses doigts. Il fait -30°C. Les deux hommes sont prisonniers du huis clos des Grandes Jorasses. Faire demi-tour n’est pas dans le code d’honneur du célèbrissime René et s’avère vite impossible vu la verticalité. Appeler les secours, organisés par la Chamoniarde, la société locale dont les forces vives ne sont autres que les guides et dirigée par l’autre figure de la montagne, le maire Maurice Herzog. Pas davantage. À 80 mètres du sommet sur une vire inconfortable, les avant-bras gelés, Gousseault délire puis expire à côté de son compagnon, dix jours après avoir quitté le pied de la paroi. René a plus de chances et fut sauvé in extrémis au quinzième jour.

C'est le journal de cette cordée tragique que raconte René Desmaison, dans son livre ‘342 heures dans les Grandes Jorasses’.  En son temps, ce drame des Grandes Jorasses souleva une vive polémique sur les secours en montagne. Ce récit exceptionnel, aujourd'hui réédité, reste un hymne à l'ascension, une leçon de solidarité et un poignant témoignage sur la vulnérabilité de l'alpiniste face aux éléments.

 
(*) René Desmaison (1930-2007) a réalisé la plupart des exploits qui ont marqué l'alpinisme des années 1960/1970. Il a inauguré l'ère des grandes hivernales en réussissant en 1957 la première ascension de la face ouest des Drus. Son premier roman, Grimpeurs de muraille, est paru chez Hoëbeke en 2000.
 
Photos + 2 vidéos Youtube
Ascension de la pointe Walker 4.208 m sommet culminant - durée 9'39"
Ascension de la pointe Hélène 4.045 m - durée 15'18"
 
Les Grandes Jorasses comptent 7 Pointes (dont la Pointe Walker la plus élevée complètement à gauche sur la photo et la Pointe Hélène 5e de la gauche)
 
 
 
 
 
 
Ascension de la Pointe Walker 4.208 m - La pente de glace raide située à gauche de la pointe a été baptisée « le Linceul »
 
 
 
 
Ascension de la Pointe Hélène 4.045 m, la cinquième à partir de la gauche